VOL AU-DESSUS D’UN NID DE MILITANTS

VOL AU-DESSUS
D'UN NID DE MILITANTS

Elle est comment la rentrée ? Chaude ? Tiède ? Carrément froide ? Ce qui est sûr, c’est que ça fait des années qu’on va au carton, et qu’on se plante. Moins Une a réuni des militantes, des militants, des beaux, des grands, pour leur demander pourquoi on n’y arrive pas. Pour une fois, ils étaient plutôt d’accord…

C’est Florent. C’est toujours par Florent que le scandale arrive.
C’est toujours, et tout le monde vous le dira, Florent qui fout la merde. Chez Latécoère, à Toulouse, par exemple. Au cœur du fleuron historique de l’aéronautique française, ce délégué syndical CGT a renversé des décennies de syndicalisme maison, enfonçant Force ouvrière aux dernières élections professionnelles. Il a lancé la première grève depuis plus de trente ans pour des augmentations salariales – victorieuse. Florent, pourtant, n’a pas réussi à contrer le plan massif de licenciements décidé par les nouveaux propriétaires américains. Le fonds de pension états-unien a dévasté l’usine, plu-sieurs centaines de mecs sur le carreau. Dans la bataille, il est monté à Paris emmerder le ministre de l’Industrie. La veille, il était passé bouffer à la maison, vider mon frigo et mes bouteilles, et en fumant notre quarante-cinquième clope d’après-repas, il me racontait  :  « On vient de faire une réunion à quarante camarades pour discuter d’un plan alternatif aux licenciements qu’on pourrait présenter au ministre. On avait rassemblé tout ce que l’aéro compte de syndicalistes éprouvés, des balèzes, les meilleurs. On discute… Et à un moment, un pote dit… Mais figure-le toi, le camarade, il sort son truc presque en baissant la tête, dans sa barbe, limite honteux : “Il faudrait peut-être qu’on propose de nationaliser Airbus ?” Et là, tout le monde explose de rire. Je te jure, tout le monde était mort de rire autour de la table ! Et on est passés à autre chose. T’imagines ? Alors qu’il faut pas déconner, la question mérite d’être posée, débattue, et tranchée très sérieusement… »

Florent a expiré un grand coup de fumée par tout son nez : « Regarde, le camarade Martinez… Dans un sens, c’est pareil. Je l’ai connu quand il était secrétaire de la fédé métallurgie… Bon, il est élu secrétaire général. Et là, il sort d’un coup : “À la CGT, on veut 32 heures de travail hebdos pour tous.” Putain, sur le moment, j’ai trouvé ça super. Pour une fois, on n’était plus dans le défensif, contre la loi El Khomri, ou l’ANI, ou le CICE, ou la diminution des retraites… On était à l’offensive, en plus dans un contexte où tout le monde raconte qu’il faut travailler 40 ou 50 heures par semaine pour gagner que dalle. Donc j’étais vachement content. »
Et moi aussi, car lorsque Florent est content, je suis très content immédiatement.
« Sauf qu’ensuite, je me suis dit un truc. »
Florent s’est assombri.
Il a posé son verre.
C’est que l’heure était grave.
« Sans déconner… 32 heures. OK, c’est très bien. Mais c’est ça qu’on veut, à la CGT ? C’est ça, notre projet de société ? C’est pour ça que les camarades s’en prennent plein la gueule dans les boîtes, qu’ils sont harcelés, mis sous pression par les dirlos, qu’ils perdent le sommeil, qu’ils sont traînés devant les tribunaux ? C’est pour qu’on bosse trois heures de moins dans la même merde, avec le même bordel dans les taules, les mêmes connards qui nous en mettent plein la gueule, la même société à la con, les mêmes politiques qui se poursuivent ? C’est bien ça, qu’on propose aux gens ? Leur avenir ? Notre horizon ? 32 heures ? » Florent s’énervait, il ne buvait même plus, ni pinard, ni rien du tout, il fulminait : « Et les militants, tous les militants, au sens large, c’est quoi leur projet ? Bosse un peu, toi, au lieu de rien foutre, va les voir. Demande-leur pourquoi ils militent. Leurs envies, leurs buts… »
Je me suis exécuté, sans quoi il menaçait de rester trois mois à la maison…

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2 plusieurs commentaires

  1. Bonjour. J’ai appris votre existence via LE RAVI de.novembre qui vous consacre un article. Mais où peut-on s’abonner à votre journal en incluant votre 1er numéro zéro ??? Rien vu d’explicité sur votre site ! Aucune page web, aucune formulaire PDF, pas d’adresse postale, ni téléphone, ni courriel non plus… ?? Help !

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