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Moins Une a les oreilles qui traînent. Partout. À la bibliothèque de la Goutte d’or par exemple.

Le samedi à la Goutte d’Or, c’est jour de marché. Le marché le moins cher de la capitale, le moment des courses de la semaine. À travers ses grandes baies vitrées, la bib’ voit le quartier s’agiter, tandis qu’elle s’éveille à peine. Brusquement, les portes coulissantes s’ouvrent sur une Bintou très réveillée. De son ton suspendu qui ne s’adresse à personne, elle gueule. « Jamais le dernier tome de La Rose écarlate ici ! » C’est pour ça qu’elle ne vient plus, elle va directement lire à Gibert. Ou à Sagan, ou à Vaclav, c’est toujours mieux qu’ici. Tout à coup, son flot de paroles s’arrête, elle avise une de ses bédés favorites sur le chariot de retour. Elle la feuillette quelques secondes, éclate de rire : « Il a dit, il a dit, ah ah ah ! » Parfois elle nous interpelle, pour nous prendre à témoin ou nous ordonner de lui lire à voix haute un extrait hilarant. À ce moment précis, on sait qu’on existe pour elle. Mais la plupart du temps, son rire résonne, solitaire et ininterrompu jusqu’à ce qu’elle franchisse la porte dans l’autre sens, sa précieuse bédé sous le bras. Bintou est une personne spéciale. Le jargon des bibliothèques a inventé un terme pour désigner son profil : c’est une « multi-fréquentante ». Il est rare de fréquenter plusieurs bibliothèques à la fois.

Certains samedis, les biffins s’installent à proximité des marches qui montent à la bibliothèque. Depuis l’autre côté des murs de verre, l’institution angoissée regarde cette excroissance illégale du marché qui menace son vénérable parvis. Mokhtar, lui, est détendu. Le marché, c’est son moment de bibliothèque préféré. Après  Popi, bien sûr. Depuis les façades vitrées du premier étage, il nous montre ce qu’il se passe à nos pieds : les toiles qui protègent les étalages des marchands sont striées de noir et blanc, le clavier d’un piano géant. Le front appuyé contre la vitre, est-ce qu’il se rêve en pianiste virtuose capable de maîtriser l’incroyable foule de bruits et de hurlements ? Tout à coup, sa petite voix s’élève dans un cri de joie  : grand’mère émerge du flot. Dans quelques minutes elle sera là, les bras chargés de courses, et ils rentreront préparer le déjeuner…

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