PRATIQUES DE FRANÇAIS 2

Pratiques de Français 2

La grande faucheuse serait encore plus radicale que Robespierre : face à elle, on inclinerait tous la tête pareil. Égalité ? Que tchi, ouais !
On a certes dans l’Hexagone une espérance de vie parmi les plus élevées au monde – surtout pour les femmes. Mais on est aussi le pays où la « mortalité prématurée évitable » atteint des sommets, essentiellement pour les hommes. Parce qu’un Français ou une Française, déjà, ça clope et ça picole beaucoup trop. Sans compter que ça conduit comme un sagouin, et souvent tout ça en même temps.
Et puis prends un bonhomme de 35 ans, dans la force de l’âge. Il peut espérer s’encanailler sur cette Terre encore quarante-trois ans, mais ça dépend à quoi il s’occupe. Pour peu que le type soit ouvrier, son pronostic tombe à quarante-et-un ans. S’il est cadre, il grimpe à quarante-sept ans… Mais faut voir surtout dans quel état il se traîne jusqu’à sa dernière heure.
Camarade ouvrier, depuis tes 35 berges, ton « espérance de vie en bonne santé » est de vingt-quatre ans. Après tes 59 ans, du coup, avant même ta retraite !, des troubles de la perception ou des soucis physiques commencent à se pointer. À 67 ans, faudra accepter d’en faire beaucoup moins.
Et à 73 balais, il y a de grandes chances que tu ne sois plus capable de te torcher tout seul. Trois ans plus tard, te voilà canné. Ami cadre, tu t’en doutes, ta santé en prend un coup moins vite : c’est à 69 ans que la machine commence à se dérégler, tu dois abandonner tes activités habituelles à 75 (moins de golf, Jean-Amédée, c’est mauvais pour ton cœur ), et tu ne perds pas ton autonomie avant 80 piges. Encore deux ans, puis tu y passes.
Ça, c’est pour les mecs, car les femmes ont six ans de plus à se prélasser ici bas.
À première vue, l’inégalité entre cadres et ouvrières face à la mort est moins marquée – deux ans d’écart seulement. Mais attention les yeux : vingt ans d’écart si on regarde l’espérance de vie en bonne santé !
C’est bizarre : parmi les 2 millions de salariés qui sont exposés à des produits cancérigènes, 70 % sont ouvriers. Pareil pour les troubles musculosquelettiques, qui touchent avant tout les prolos. Côté stress au boulot, plus d’un quart des cols bleus y sont exposés, pareil pour les employés.
Ça monte même à 30 % chez les intérimaires.
Pour finir, faut voir où tu crèches. Il suffit d’habiter en « zone urbaine sensible » pour voir tes chances de te traîner en mauvaise santé augmenter de 6 ou 7 points. Sans oublier que la carte des déserts médicaux se superpose super bien avec celle des ménages les plus pauvres : bravo, vous doublez vos chances de faire un accident cardio-vasculaire !
Bref, la faucheuse s’invite plein pot dans la lutte des classes.
En pleine santé, Moins Une la remportera !

avec les camarades fonctionnaires de l’Insee, l’Ined, l’Irdes et la Dares.

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