FATAL TOTAL

FATAL TOTAL

Le 15 juillet 2009, Maximilien Lemerre est mort dans une explosion sur une plateforme Total de Moselle. Depuis huit ans, sa mère, Véronique Germain, se bat pour faire reconnaître la responsabilité de la multinationale. 

À 20 ans, Maximilien s’ennuie dans son IUT chimie, à Saint-Nazaire. Alors, en catimini, il regarde les offres d’emploi sur le site internet de Total. Et là, coup de bol, la multinationale propose un brevet d’opérateur en alternance sur la plateforme pétrochimique de Carling, en Moselle. Le gosse fonce, malgré les réticences de sa mère. Il tente de la rassurer : « J’aurai mon diplôme par validation d’acquis et d’expérience. » Maximilien est reçu premier au concours. «  Parmi ceux qui connaissaient l’usine, en Moselle, personne ne voulait s’y risquer », se souvient Véronique Germain…
Le 15 juillet, elle débarque à Metz avec ses deux autres enfants, Vladimir et Margaux. Maximilien n’a pas pu prendre sa matinée parce que c’est le 15 juillet, tout le monde est en vacances. Mais il a envoyé des amis, qui font visiter Metz à la petite famille, avant de les emmener dans la « super résidence avec piscine » que Maximilien avait trouvée pour loger pendant son contrat. À 16 heures, alors qu’elle achète du champagne pour fêter leurs retrouvailles au Super d’en face, un ami l’appelle. « Il m’a dit qu’il y avait une explosion dans l’usine de Maximilien qui faisait la une de France Info. Je lui ai répondu qu’il était seulement stagiaire, qu’il ne s’inquiète pas. » À 18 heures, Véronique allume BFM-TV. Elle voit les pompiers, l’accident. Et se résout à appeler la plateforme pétrochimique de Carling. « Là, on m’a baladée d’interlocuteur en interlocuteur. Je répétais : “Je suis la maman de Maximilien Lemerre, j’espère qu’il n’est pas parmi les blessés.” Ils ont fini par me passer la cellule psychologique, et m’ont dit qu’ils m’envoyaient une délégation… »

Transaction

À 20h30, la médecin de l’entreprise et la DRH arrivent chez Maximilien. « Elles m’ont dit que mon fils était mort, mais que je n’avais pas à m’en faire, parce qu’il n’avait pas souffert, qu’il était mort sur le coup… » Elle appelle alors sa mère, et après… Après ? Véronique ne se souvient plus. Elle prend cinq calmants. Le vide. « Le directeur de la clinique où je travaille à Cherbourg a pris sa voiture, et a amené ma mère à Metz. Le papa de Maximilien est arrivé à 3h30 du matin, une dame de l’entreprise lui a dit : “Ne vous inquiétez pas, il est entier, pas en morceaux.” » De la mise en bière, du transport jusque Cherbourg, de l’inhumation, des cérémonies, elle n’a qu’un vague souvenir : « Je serrais la main, au préfet, aux salariés, mais c’était celle de mon fils que je voulais serrer, celui qu’ils ne me rendraient pas. »

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