DE LA POSSIBILITÉ D’ÊTRE CHIANTE

J’AI MALHEUREUSEMENT EU
LA POSSIBILITÉ D’ÊTRE CHIANTE...

Vous avez des soucis ? Ça va pas dans votre couple, dans votre vie ? Votre maman n’est pas gentille ? Foutez Psychologies Magazine à la poubelle et lisez Moins Une : on allonge les gens qui vont mal face à un sociologue et on leur prépare une bouffe bien arrosée. Car beaucoup de problèmes sociaux sont réglés par des « cellules psychologiques ». Et nos difficultés sont transformées en affaire individuelle, liée à une incompétence, un traumatisme d’enfance ou un accident de vie… Face à un sociologue, elles deviennent collectives : on se sent moins seul, et moins coupable. La psy enferme, la socio libère : la preuve avec Nathalie, dirigeante d’une grosse boîte. On l’a fait pas mal boire et beaucoup manger avec Marion Rabier, maîtresse de conférences à l’université de Mulhouse, auteure d’une thèse sur les femmes patronnes…

« Qu’est-ce que c’est que cette soirée à la con ? »

Franck, le mec de Nathalie, sent le traquenard.
Il commence aussi à renifler les bouteilles.
Ça a l’air de le détendre.
«  C’est ma manière de vous aider à lancer votre journal », se bidonne Nathalie, en bonne incubatrice de start-up. « On commence par quoi ? » : elle nous drive direct. Regardant Marion  : «  Vous m’avez quand même pas fait venir pour beurrer les tartines ? » La maîtresse de conférences la prend au mot : « T’as qu’à nous parler de tes origines sociales, ça fait bien sociologue ça. »

Bières et cacahuètes… Les origines

Nathalie : Du côté de mon père, je viens d’une famille de juifs d’Europe de l’Est. Ma grand-mère était une militante communiste qui a fui son pays. Mon grand-père a dû la suivre alors qu’il allait devenir prof à l’université. Ils ont débarqué en France avec rien et ils ont monté une boîte de matériel électronique qui est devenue numéro 1 dans son secteur.
Marion  : C’est hyper technique, loin du petit artisanat comme voie d’intégration des vagues d’immigration juive, italienne ou encore portugaise…
Nathalie : Mon père a fait une grande école d’ingénieur, il aurait souhaité faire de la recherche… C’est à contrecœur qu’il a repris la boîte familiale. Mon grand-père maternel était lui aussi ingénieur. Ma mère s’est barrée très tôt de chez elle suite à un différend avec son père. En gros, je viens d’une famille où les femmes sont un peu chiantes…

T’en rebois une ? L’enfant dissipée

Hélène : Et toi, tu étais chiante, petite ?
Nathalie : On habitait dans le XVIème arrondissement, et… Marion : Où, dans le XVIème ? Parce qu’il y a « des » XVIèmes… Nathalie : Dans le XVIème plutôt « populaire », pas à Passy. J’étais dans le public. Mes copains, c’étaient les enfants des gardiens et des bonnes du quartier.
Marion : À la maison, vous aviez du personnel ? Nathalie : Oui, on avait quelqu’un. Je mangeais pas à la cantine, c’était Gisèle qui gérait les repas. Elle me poursuivait avec son chausson, et moi je courais dans l’appartement ! Mes parents avaient fait une croix sur l’autorité. Ça m’a laissé malheureusement la possibilité d’être chiante…
Marion : « Malheureusement », faut voir. C’est associé à « chiante », parce que tu es une fille. Pour un petit garçon, c’est chahuteur, mais ce n’est pas négatif. En fait, c’est juste avoir du caractère… Concrètement, tes parents t’offraient des petites voitures ? Nathalie : Oui, j’y jouais. Je coupais aussi les cheveux des Barbie. Je refusais de me mettre en jupe…

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