BAGARRE GÉNÉRALE

BAGARRE GÉNÉRALE

« Ben voilà, c’est comme d’hab’, les petits-bourgeois ont pris le contrôle du canard. »

C’était un peu après, ça. Un peu après les débuts tonitruants de Moins Une. Laurent, plombier, syndicaliste, membre fondateur, tirait à vue sur les journaleux du collectif, confondus dans l’opprobre de la réaction, de la bourgeoisie, de l’intellectualisme débile.
« C’est un truc de facho ! C’est des nazis ! »
C’était juste au début, ça. Lors de la première réunion, Hamma, travailleur de l’aéro, autre syndicaliste, avait demandé à tout le monde de « se présenter en trois minutes, profession, origine sociale ». Ludo, un journaleux, le comparait en nuances à Mussolini. C’est vrai qu’à l’époque, Hamma avait la moustache.
« C’est sexiste, c’est dégueulasse, ça me fait gerber, je me tire. »
C’était au milieu, ça. Un pote dessinateur illustrait un article avec une femme dénudée. Daniel, socio-logue, insultait tout le monde.
C’est vraiment sympa, de lancer un journal…

Le pire, c’est que c’est vrai.
Le pire, c’est que ce torrent d’engueulades, de démissions fracassantes, de coups de fil homériques, d’arrestations – parce qu’il y en a eu –, de chaînes de 86 mails pour se mettre dessus à propos de la classe ouvrière, le pire, c’est qu’on a aimé ça.
On a aimé se confronter, s’embrasser, se marrer, se foutre sur la gueule, vivre.
On a aimé parce qu’on avait signé pour : un canard qui rassemble plombiers, ingénieurs, employé de patinoire, profs,  concierge, tous syndicalistes, avec des journaleux, des graphistes et des dessineux, c’était pas gagné.
Faut le dire : les journaleux, on a dans la tête qu’on va changer le monde. Pas complètement, peut-être, mais au moins un peu. C’est tenace, Albert Londres. Surtout si on fait des articles engagés, si on va par-fois plomber des ministres, emmerder des députés, interviewer des clodos et des taulards, des femmes de ménage et des damnés.
Faut le dire : un article n’a jamais changé le monde. Les puissants ont souvent tremblé face à la rue. Les stylos, eux, n’ont jamais renversé de tyrans.
Alors, c’était tentant.
Tentant de faire un canard avec des mecs et des nanas qui se cognent le boulot, les usines, les PME, les open-spaces à mobiliser. Tentant, avec eux, de ne pas observer le monde avec le regard en surplomb d’un collectionneur de papillons, mais d’y rentrer avec la question « que faire ? »
Ça allait pas de soi.
On s’est presque cassé la gueule.
Et puis on s’est remis debout, jusqu’à ce numéro zéro que vous tenez, tremblants, entre vos mains. Il est imparfait, il manque plein de trucs, y a des machins en trop, mais il est là, et y en aura d’autres, et on va s’améliorer, on sera le meilleur canard de la galaxie.

On va pas faire de grandes déclarations, « nous ferons des articles décalés, sensibles », « notre journal sera toujours à l’affût de ce qui s’invente dans les marges », « nous donnerons la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas  », on s’en fout, et vous avez déjà lu ça partout.
C’est simple : il est Moins Une. Face à ce qui va nous tomber sur la gueule, et ça ne fait que commencer, et on ne va pas vous faire un dessin, faut rentrer dans le tas, ensemble, tout de suite.
Un seul cap : Moins Une ne sera pas l’énième greffier des désastres. À raconter et à déplorer comment, partout et tout le temps, les gens en prennent plein la gueule. Même Le Monde s’y est mis. Main dans la main avec les syndicalistes, Moins Une confrontera les mondes sociaux, cherchera les solutions, débusquera ce qui empêche que ça marche, pour qu’on sorte de tous les catéchismes, et qu’on y arrive, à l’égalité.

On va le faire avec vous.
Parce que c’est bien gentil, de lire le journal, mais faut venir le fabriquer. Le prochain, on voudrait vous le mettre sous le sapin, à Noël. Et aussi qu’il puisse se trouver en kiosques.
Alors, vous nous filez du pognon. Deux, trois euros, ou quatre cents, on s’en fout, mais vous nous envoyez du fric, parce que même si on est tous bénévoles, enquêter coûte de l’argent, imprimer aussi.
Ensuite, dessineux et dessineuses, ramenez vos aquarelles, vos huiles sur toile, vos bédés et vos stylos à bille, on a un stock de Bourgogne, on est partageux.
Journaleuses et journaleux, qui avez envie de disjoncter, de sortir de votre rédac à la con où vous réécri-vez de l’AFP à longueur de journée, d’enquêter sur un machin délirant que personne en reviendra, venez, dépêchez-vous, vous gagnerez pas un rond, mais toutes nos colonnes vous sont ouvertes.
Camarades syndicalistes, vous qui en chiez dans les hostos, les ateliers, chez Deliveroo, les restos et les centres commerciaux, appelez-nous, pointez-vous à la rédac, racontez-nous comment ça se passe chez vous, vous aurez table ouverte, et on relaiera vos luttes, et on rédigera vos tracts si vous avez pas le temps, et on vous montera des petits canards (on l’a déjà fait).
Et vous tous, les photographes, les graphistes, les Facebookers, les Youtubeurs, les Twittos, vous tous qui adorez vendre en manif, à la criée, remplir des enveloppes, faire des bornes pour aller engueuler un imprimeur, passez un coup de fil, envoyez un mail, on vous sautera dessus comme la vérole sur le bas-clergé breton.

On vous attend, et on vous aime.

Bisous,

Moins Une

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